lundi 24 septembre 2018

Bataille pour la carotte - Le storyboard

L'eau a un peu coulé sous les ponts depuis la publication de mon animation La bataille pour la carotte. Je suis plutôt content du résultat, et je me suis dit qu'il pourrait être intéressant de partager ici mon expérience. Je vous propose donc une série d'articles pour parler :

    • Du scénario et du story-board
      De la modélisation des personnages et des décors avec Blender
      De l'animation des personnages et du rendu des scènes
      De la musique et des sons
      Du montage
  • Parlons donc d'abord du scénario et du story-board.

    Même s'il est agréable d’enchaîner les démos techniques pour s'entraîner sur un sujet en particulier, comme la modélisation, les effets d'eau, les systèmes de particules et de fourrures, j'aime bien régulièrement combiner toutes ces techniques pour construire un vrai petit court métrage, avec scénario, effets sonores et musique.

    La première difficulté est de trouver un bon scénario. Les contraintes sont nombreuses : limité par mes capacités, je dois rester modeste et me contenter de personnages, de lieux et d'objets que je vais réussir à modéliser et à animer. Et limité par la puissance de ma machine, je ne peux créer une histoire trop longue. C'est cette limite matérielle qui sera une contrainte constante. En effet, le temps de rendu d'une simple image augmente très vite avec sa taille et la complexité de la scène. En me donnant un budget de 1 minute par image HD, ce qui n'est vraiment pas beaucoup même avec un GPU pour le rendu OpenCL, une minute de film à 60 images par seconde prendra 60 heures. Dans les faits, mon court métrage a probablement mis le double, avec de nombreuses nuits et de nombreux week-ends à faire chauffer la machine.

    Mes histoires suivent donc un schéma très classique : situation initiale, élément perturbateur, chute attendue ou pas. Dans ma toute première vidéo, Léon, personnage simplissime fait avec 3 sphères, voit apparaître un nuage, qui s'arrête juste au dessus de lui. Le nuage crève et la pluie tombe. Dans une autre vidéo faite un peu plus tard, sans aucun personnage, un sas s'ouvre tandis qu'une conversation radio permet d'entrevoir ce qui se passe.

    Pour ma nouvelle histoire, j'ai décidé de complexifier les choses et de modéliser 3 personnages à partir de jouets, essentiellement parce que c'est plus facile (pensez au tout premier Toy Story) que des humains ou des animaux. Ces trois personnages, introduits à tour de rôle, se disputent un objet. J'ai donc créé trois jouets, d'abord une girafe, ensuite un nounours, et enfin une fée, qui s'arrachent un MacGuffin sous la forme d'une carotte.

    C'est là que j'ai compris l'intérêt du story-board. Dans le cinéma, le langage de la mise en scène est une manière, souvent inconsciente pour le spectateur, de renforcer une idée ou une action. Ainsi, la plongée ou la contre-plongée, la mise au point, le cadrage, la composition ou encore les mouvements de caméra vont influer sur le ressenti. Pour en savoir plus sur le sujet, je vous recommande les chaînes Youtube Every frame a painting, en Anglais, et le Cinéma de Durendal qui fait des revues de film avec des mises en lumière très pertinentes du travail de réalisation et de photographie.

    Le story-board est donc la manière de préparer les scènes et de travailler sa mise en scène, de composer chaque image et les mouvements de caméra.

    Mon scénario arrêté, j'ai donc imaginé mes plans, et j'ai fait quelques croquis et notes sur un carnet.

    Dans ma première scène, je fais l'exposition, avec la carotte située en plein milieu d'une sorte de temple. La girafe apparaît, mais la mise au point ne se fait pas tout de suite, afin de renforcer le côté inattendu de cette arrivée. Ensuite, j'effectue un mouvement de caméra afin de se mettre du point de vue de la girafe, avec la mise au point sur la carotte: c'est ce qu'elle convoite.

    Dans ma deuxième scène, la girafe s'approche de la carotte, mais est stoppée nette par l'arrivée du nounours. Le mouvement de caméra fait que le spectateur est surpris au même moment par l'apparition du nounours, et le zoom vers le visage en renforce l'aspect inquiétant (toutes proportions gardées, ça reste un nounours, hein).

    Ensuite, une série de courtes scènes font des gros plans sur les visages, en référence aux westerns spaghetti. Les personnages se jaugent, la tension monte.

    Soudain, c'est une transition vers une scène à la Matrix : au ralenti, les personnages sautent vers la carotte pour être le premier à s'en saisir. La caméra se retourne soudain pour laisser le spectateur apercevoir la fée, que personne n'avait vue, et qui pique vers la carotte, s'en saisit, et s'enfuit. Les têtes de la girafe et du nounours remontent doucement, côte à côte, ils ne sont plus adversaires et même plutôt solidaires dans leur déception, dans une chute très cartoonesque.

    Rendez-vous pour la deuxième partie, où l'on parlera de modélisation de personnages avec Blender !

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